Adrien Acquistapace est Responsable Data chez Ooshot. Après ses études en statistiques à HEC Paris, Adrien se passionne pour adapter la data à l’univers de la création. Son premier article présente la Blockchain et ses enjeux.

Certains disent que c’est la nouvelle révolution technologique après l’avènement d’internet[1]. La Blockchain est un système de sécurisation, de certification et de stockage de données qui ne requiert pas d’organisme centralisateur de contrôle pour son bon fonctionnement. Les types d’application de ce nouveau système sont nombreuses : pour les banques et assurances en premier lieu, mais également pour des secteurs plus divers comme l’immobilier ou la musique.

Qu’est-ce que la Blockchain ?

Aujourd’hui, lorsque l’on veut échanger, transférer de la monnaie ou de la valeur, nous faisons appel à un tiers de confiance : banques, assurances entre autres. Lors de ces transactions, un certain pourcentage, plus ou moins grand de la valeur est capté par cette entité centralisatrice, en raison du service qu’elle produit. Puis en 2008 arrive la monnaie virtuelle du Bitcoin. C’est le premier actif qui va pouvoir être échangé non plus par l’intermédiaire d’une banque, mais directement d’un individu à un autre. Quel que soit l’émetteur et le récepteur, la relation est réalisée de pair à pair.

Comment est-elle construite ?

Une Blockchain peut être comparée à un cahier numérique, où chaque échange de chaque individu à un autre est inscrit. Historiquement un commerçant avait pour habitude de tenir un carnet sur lequel il note les relations qu’il a eu avec ses fournisseurs et ses clients. Il va cette fois numériquement partager ce carnet avec chacun de ses pairs, qui vont faire de même. Page après page, ce cahier est alors en perpétuelle écriture, et constitue une base de données compilant les actions de chaque individu entre eux.

Quel est le fonctionnement de la Blockchain ?

La Blockchain est résiliente, traçable et intègre. La “révolution Blockchain” réside dans le fait que ces informations ne sont plus seulement gardées privées, mais distribuées et partagées par l’ensemble des membres d’un réseau. Chaque individu prenant part à cette communauté est garant de ce protocole Blockchain et garde une trace de l’information produite, permettant de vérifier à tout moment sa véracité et son exactitude. Fonctionnant alors de manière autonome, une Blockchain se trouve immuable.

De la même manière qu’un cahier papier, les informations et transactions réalisées sur un certain laps de temps seront inscrites sur une page, un “bloc” dans le cadre d’une Blockchain. Chaque bloc a vocation à commencer puis se terminer en fonction d’un certain nombre de règles (dans le cas du Bitcoin, chaque bloc dure dix minutes). Une fois les critères atteints, la page est tournée, et l’on passe à un bloc suivant. Tous les blocs démarrent par une “clé de hash”, une empreinte issue de l’ensemble des informations produites dans le bloc précédent. Chaque fois qu’une modification est apportée à une des transactions, la clé de hash du bloc suivant en est modifiée.

Quels sont les enjeux et implications de la Blockchain ?

En certifiant l’intégrité de la donnée, la Blockchain va principalement permettre de réinventer les rapports de confiance dans le partage de l’information. Il y a en particulier trois grands types d’enjeu à cette nouvelle technologie.

Des enjeux d’abord transactionnels. Lors d’un échange de valeur, une personne va pouvoir effectuer cette transaction de manière très rapide (10 minutes dans le cas du Bitcoin, quelques microsecondes pour d’autres Blockchain). La transaction par protocole Blockchain est aussi moins chère, limitant les commissions captées par une entité opérant la transaction. Émancipée de la présence des banques, la Blockchain est dotée d’un potentiel énorme pour les pays en voie de développement lorsque l’on sait que plus de la moitié de la planète n’est pas doté d’un compte bancaire. Ces raisons font de la Blockchain un moyen de paiement plus souple, offrant une meilleure liberté aux utilisateurs.

La certification de documents est également un enjeu important pour la Blockchain. Falsifications et autres fraudes sont aujourd’hui régulièrement recensées par les instances publiques. Dès lors que l’information est entrée correctement en amont, le caractère infalsifiable et immuable de la Blockchain permet de certifier des éléments très variés : le pourcentage de coton présent dans les t-shirts de telle usine textile, l’absence de travail infantile dans un société… etc. La traçabilité qui est permise par la Blockchain peut alors se révéler un outil marketing pour restaurer la confiance entre les entreprises et les citoyens.

Enfin, le smart-contract est peut-être le plus important des emplois de la Blockchain. Par un protocole informatique, un contrat peut être automatisé, et donc ne plus être garanti ni par un tiers, ni exécuté par une intervention humaine. Ce protocole est construit un peu à la manière des “if, then” d’un programme informatique : si ma maison prend feu, alors je touche une certaine somme liée à mon contrat d’assurance. Le smart-contract permet une résolution automatique du versement des primes, sans que l’assuré ne pâtisse des barrières que constituent les démarches administratives.

Quelles sont les perspectives de la Blockchain ?

La Blockchain est encore aujourd’hui une technologie en devenir, et qui tend à gagner de la voix. La maturation de celle-ci est son plus grand défi, et cela passe notamment par trois éléments.

Il s’agit dans un premier temps de faire comprendre la Blockchain et de permettre à chaque individu de saisir l’intérêt qu’elle présente. Les régulateurs et organismes de centralisation ont très rapidement intégré en quoi la Blockchain peut changer la donne, et peuvent se sentir menacés par cette dernière. C’est la raison pour laquelle ils sont encore aujourd’hui les premiers commanditaires de projets en la matière. Malheureusement chez les citoyens, la Blockchain reste encore assez peu connue et est vue comme inaccessible ou trop complexe par beaucoup. Pourtant la demande d’emploi en la matière est déjà aujourd’hui très forte. Il s’agit assez probablement d’un secteur d’avenir en termes de carrière.

Établir un cadre législatif et juridique favorable est également un point clef pour permettre à un écosystème économique de se développer autour de la Blockchain. Les sujets sont très variés : il peut s’agir de la possession et de l’échange de la cryptomonnaie, de l’imposition de ces échanges ou des bénéfices réalisés, ou du traitement juridique de la preuve apportée par un protocole Blockchain. Cette nouvelle technologie demande au législateur d’appréhender des éléments profondément nouveaux et de s’y adapter. Les cryptomonnaies constituent par exemple une nouvelle classe d’actifs à elles seules.

La Blockchain devra enfin répondre à des enjeux techniques. Un besoin en développeurs Blockchain sera de plus en plus présent sur le marché du travail. Ces développeurs vont devoir innover pour résoudre les problématiques contextuelles liés à chaque cas d’usage. Si la Blockchain fonctionne très bien pour des services dématérialisés et des biens numériques, les difficultés apparaissent dès lors que l’on parle de certifier des biens physiques. Pour s’adapter à ce besoin, il s’agira notamment de lier la Blockchain à l’économie réelle, problématique à laquelle l’IoT commence à apporter des éléments de réponse.

Adrien Acquistapace

[1] http://www.mbadmb.com/2017/12/27/combes-amelie-blockchain/