Conversation : Le monde de l’art peut-il s’approprier les oeuvres commandées par les marques ?

COSMECIL

© Man Ray Trust / ADAGP, Paris 2018

Le monde de l’art peut-il s’approprier les oeuvres commandées par les marques ?

Madame, pleurez au cinéma, pleurez au théâtre, riez aux larmes, sans crainte pour vos beaux yeux…

Cette phrase publicitaire ne vous dit probablement rien mais l’image qui l’accompagne, les larmes, est une oeuvre magistrale de Man Ray (1933) qui n’aurait pas vu le jour si une marque de mascara n’avait pas commandité cette photo.

Partant de cette réflexion, il est légitime de se poser la question de la frontière entre art et commercial lorsqu’il s’agit de commandes photographiques. La publicité peut-elle s’approprier les codes de l’art ou bien l’artiste doit-il se contraindre au cadre publicitaire ? De la fusion de ces deux éléments, peut-il naître des œuvres aussi iconiques qu’uniques ?

Paris Photo, lors de sa dernière édition, a décidé de soutenir cette réflexion, depuis longtemps au cœur des préoccupations d’Ooshot, à travers une conversation tenue par Christoph Wiesner, le directeur artistique de Paris Photo.

Thierry Maillet, co-fondateur et directeur général d’Ooshot, Florian Ebner, conservateur en chef du Centre Pompidou, Oliviero Toscani, photographe célèbre pour ses œuvres engagées et David Furst, International Picture Editor au New York Times, ont ainsi débattu avec ardeur sur ce sujet riche et encore méconnu.

Nous vous laissons découvrir la vidéo de la conversation qui démontre que le sujet est vaste et ne demande qu’à être approfondi.

VOIR LA CONVERSATION

Trio

Thierry Maillet

« Se rendre désirable par les réseaux », Camille Victorine, Fondatrice de l’agence de photographes et réalisateurs Le Crime

En tant qu’agent de photographes et de réalisateurs, il faut promouvoir le travail des artistes et susciter l’intérêt du public et des clients. Comment vendre une image ? Camille Victorine, fondatrice de l’agence de production et de promotion d’artistes Le Crime, utilise les réseaux artistiques. Son agence présente les œuvres de ses photographes en s’adressant à des publics toujours différents. La photographie postée sur un site est taguée en fonction du réseau utilisé : en changeant de contexte, on change de discours pour l’adapter à un public ciblé. Pour « développer la connivence » avec le public autour d’une œuvre, l’agence poste les clichés des tournages et des shootings afin de susciter la curiosité, ne dévoilant l’œuvre finale que plusieurs mois après. Le contexte de réalisation devient alors l’objet d’une narration autour de l’œuvre, et ce sans la dévoiler. Cette démarche illustre alors les différentes étapes de sa réalisation sur les réseaux artistiques et sociaux. Développant un « brand content », Camille ajoute des clichés de mannequins, se créant un public autour de la mode et de la beauté. Sur Facebook, le succès est grandissant et l’aide à constituer un groupe d’amateurs.

Nous remercions les Mobile Monday pour l’organisation et l’accueil au Numa.

« Comment tirer parti des réseaux sociaux pour un photographe » Pierre Morel

Photographe indépendant, Pierre Morel commente son utilisation des réseaux sociaux. Ils lui permettent de diffuser son art, de rencontrer des professionnels et de toucher un public. Pour les exploiter efficacement, Pierre rend compte régulièrement de l’actualité de son travail. Les réseaux qu’il utilise ne sont pas nécessairement nombreux mais exposent chacun une partie différente de sa création. Il consacre une thématique artistique spécifique à chaque site tels ses « Dormeurs » qu’il présente sur Instagram. Ils doivent lui permettre d’être plus facilement reconnaissable parmi l’immense quantité de créateurs présents sur ce réseau. Pierre mentionne aussi le photographe Murad Osmann. Ce dernier s’est constitué un réseau d’un million de followers en réalisant une suite de photographies montrant sa compagne de dos dans différents endroits du monde. Il répond donc au développement d’un « concept personnel » que préconise Pierre Morel. Chez ooshot nous nommons cela le « personal branding for creative people ».
Les tags présents sur les photos ont eux aussi leur utilité : ils permettent de catégoriser l’œuvre selon des critères et ainsi de se faire connaître des professionnels, artistes, ou amateurs d’art. Pour Pierre il faut profiter des multiples occasions qu’offre l’utilisation d’internet comme une sorte d’espace d’exposition, tout en entretenant son identité spécifique.

Nous remercions les Mobile Monday pour l’organisation et l’accueil au Numa.

« Le rôle de la photo dans la nouvelle création digitale » par Gurvan Prioul, Rapp France

Gurvan Prioul, directeur du design chez Rapp France, nous explique le rôle de la photographie dans la nouvelle création digitale. En effet, cette dernière impose une stratégie de contenu pour chaque site, chacune reflétant l’identité de l’entreprise. Cependant, si elle reste toujours la même, le design du site doit se plier à plusieurs contraintes : il doit permettre un contenu « efficace, utilisable et désirable » pour l’utilisateur, et doit répondre aux changements de formats qu’impliquent les nouveaux outils technologiques. En effet, un site internet doit aujourd’hui être adapté à une lecture sur un téléphone portable, mais aussi sur une tablette, ou tout autre objet en devenir. Ainsi, comment rendre un site lisible sur les nouveaux supports tout restant attrayant pour le lecteur, le fidélisant au site ? Le contenu est d’autant plus séduisant s’il laisse une liberté d’utilisation au lecteur et s’il est accompagné d’une image. La photographie, qui illustre l’article ou la page internet, permet une visualisation claire de son contenu, et propose un message direct en matérialisant la teneur du texte. C’est le design qui valorisera la substance du site, proposant une réponse aux contraintes qu’il doit satisfaire.

Nous remercions les Mobile Monday pour l’organisation et l’accueil au Numa.